Daphne Greengrass - Journal de Bord

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MessageSujet: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Mer 2 Sep 2015 - 1:08


Endure & Survive

I’m a princess cut from marble, smoother than a storm.
And the scars that mark my body, they’re silver and gold,
My blood is a flood of rubies, precious stones,
It keeps my veins hot, the fire's found a home in me.
I move through town, I’m quiet like a fight,
And my necklace is of rope, I tie it and untie.


RP en coursStill Breathing – Après avoir témoigné, Charlie et Daphne se retrouvent dans les couloirs du Ministère de la Justice Magique.

An apocalypse wrapped in wolf fur – Conversation avec Astoria.

I buried all my secrets in my skin & I don't deserve your forgiveness. – Daphne découvre que Hope et Stanislas ont été fiancés de force 5 mois plus tôt et ne lui ont rien dit. Elle n'apprécie pas vraiment.
 
RP prévusAldabella/Daphne – xx
Pansy/Daphne – Des projets délicats comme de la dentelle, mais solides comme l'acier.
Loukkia/Daphne – Recrutement.
 


1980-1995
198019 avril – Naissance de Daphne Nyx Greengrass.
 198120 Novembre – Naissance d'Astoria Nemesis Adrastée Greengrass.
 1991 - 1992Septembre 91 – Entrée à Poudlard. Répartition à Serpentard.
 1992 - 1993Septembre 92 – Deuxième année à Poudlard.
La Chambre des Secrets est ouverte.
1993 - 1994Septembre 93 – Troisième année à Poudlard. Astoria est répartie à Gryffondor et s'attire l'opprobre de la famile.

Première rencontre avec des Détraqueurs.
 1994 - 1995Septembre 94 – Quatrième année à Poudlard.
Décembre 94 – Daphne se rend au bal avec Blaise Zabini.
Juin 95 – Daphne apprend le retour de Lord Voldemort par Theodore Nott et Drago Malefoy.
Été 95 – Daphne décide de devenir Médicomage et de fuir l'aristocratie pour sauver sa vie.
 1995-96Septembre 95 – 5ème année.
Daphne travaille avec acharnement pour obtenir les BUSE nécessaires pour devenir médicomage.
Sa famille commence les négociations pour la fiancer à Drago Malefoy.
Juin 95 – les projets de fiançailles sont annulés suite à l'emprisonement de Lucius Malefoy.
Eté 95 – Daphne comprend peu à peu que sa mère, Scarlett, souhaite lier ses enfants au Seigneur des Ténèbres, que ce soit par le mariage ou en leur faisant porter la Marque.
 


1996
Septembre - Novembre 19971er Septembre – 6ème année à Poudlard.

Décembre 19972 décembre – Daphne travaille sur le sortilège Fidelitas à la bibliothèque (RP)

14 décembre – Rencontre avec Rowan Westminbrook à Pré-au-Lard. Ils décident d'accepter es projets de fiançailles que leurs pères forment pour eux afin de protéger Daphné des projets un peu plus troubles de sa mère. (RP)

20 décembre – Daphne, Blaise et Harmony complotent pour venger l'orgueil blessé d'Harmony par un Gryffondor de 7ème année. (RP)

24 décembre Alors que la nouvelle de ses fiançailles avec Rowan s'est répandue le matin même, Daphne doit assister au banquet à ses côtés, mais aussi avec Blaise Zabini, Harmony K. Sharen, Yvain Gallant et le nouveau professeur de Runes. Blaise et Daphne se blessent mutuellement et ne s'adressent plus la parole. (RP)

24 décembre, suite – Daphne et Rowan s'isolent pour discuter, mais une attaque dans la Grande Salle chamboule tout. (RP)

26 Décembre – Sa baguette commence à cesser de lui obéir.

31 décembre – Fête du Nouvel An dans la salle commune des Serpentard. (RP)



1997
Janvier 19971er Janvier – Daphne et Blaise s'isolent et se disputent. Blaise, complètement ivre, lui avoue qu'il l'aime, et Daphne l'embrasse alors qu'elle est encore fiancée à Rowan. Ils sont surpris par une gamine menteuse. (RP)

8 janvier – L'assistant de métamorphoses, Clemens Neubach, convoque Daphne. Une alliance se crée entre eux. (RP)

25 janvier - Rencontre avec l'ancienne petite amie de Rowan, alors inquiète de la disparition de celui-ci. (RP)

27 janvier - Participation à un atelier dans lequel Daphne, beaucoup trop angoissée, a des nausées et vomit. (RP)

Février 19974 février – Daphne, au bout du rouleau, se confie à Charlie, sa meilleure amie. (RP)

10 février – Sa baguette cesse définitivement de fonctionner.

14 février – Fête de la Saint Valentin, organisée avec Isolde Mayer. Rowan et Daphne jouent leur petite comédie de fiancés parfaits... à la perfection. (RP)

15 février – Sur le chemin du retour de la fête, Daphne découvre Astoria, couverte de sang et hagarde, ainsi que le cadavre de sa mère. Elle maquille les preuves pour éviter qu'Astoria ne soit mêlée à l'enquête, et demande à Rowan d'emmener sa soeur le plus loin possible. (RP)

28 février – Après avoir assisté à l'enterrement de sa mère, Daphne retrouve Blaise et lui avoue qu'elle l'aime. Les fiançailles avec Rowan sont rompues après des négociations plus ou moins difficiles avec leurs pères respectifs. (RP)

Mars 19972 mars – Rowan accompagne Daphne acheter une nouvelle baguette pour remplacer sa première, désormais morte et inutilisable.

8 mars – Drago est en train de se noyer sous ses problèmes, et Daphne tente de lui tendre de la main pour l'aider, en vain. (RP)

9 mars – Après avoir appris que Blaise a été vu extrêmement proche avec Alycia McWood dans la salle commune, Daphne le confronte. Ils finissent par mette carte sur table et par se rendre compte que tout est beaucoup plus sérieux entre eux qu'ils ne le pensaient. (RP)

28 mars – Convoquée par Jonathan Carwood au ministère, Daphne couvre l'implication de Rowan et Astoria dans le meurtre de sa mère. (RP)

28 mars, soirée – Daphne, Yvain et Blaise se confrontent dans la salle commune à propos de Drago. En dépit d'une tentative d'alliance, cela dégénère et se termine en course contre la montre pour être le premier à trouver Drago et à le protéger de l'autre camp. (RP)

28 mars, nuit –Daphne et Blaise trouvent Drago et tentent de le convaincre de fuir le Seigneur des Ténèbres avec eux en Italie. Drago refuse. Aldabella Prendergast espionne la conversation, et Daphne se sent obligée de tenter de lui effacer la mémoire à cause de la réputation de sa famille (Mangemorts de pères en fils). Le sortilège est un échec et se défait au fil du temps, mais Daphne l'ignore. (RP)

Avril 1997Du 30 mars au 13 Avril – Daphne et Blaise se cachent en Italie, la situation étant devenue trop dangereuse.

19 avril – Daphne devient majeure. Sa Trace est levée.

20 avril – Elle fuit l'Italie grâce à Rowan et retourne au Royaume-Uni pour se cacher. Ils se disputent à propos d'Alycia McWood, que Rowan pense être capable d'extirper des ténèbres dans lesquels elle s'enfonce. Daphne se rend compte lors de leur conversation qu'elle ne souhaite pas devenir médicomage, mais plutôt embrasser son destin d'Aristocrate pour mieux changer l'Aristocratie Sang Pur de l'intérieur. (RP)

21 avril – Blaise et Daphne communiquent par un miroir à double sens pour mieux supporter leur éloignement. (RP)

Courant Avril – Daphne se rend compte qu'elle ne croit plus aux théories de la pureté du sang.

Mai 1997Courant Mai – Daphne demeure cachée aux alentours d'Avalon tout en travaillant avec acharnement pour réussir ses examens. Freya Nightingale, Clemens Neubach et Rowan Westminbrook lui rendent souvent visite, que ce soit pour qu'elle ne se sente pas seule ou pour lui donner des cours. Elle discute régulièrement par le biais d'un miroir à double sens avec Blaise.

24 mai – Rencontre entre Deirdre Westminbrook, Rowan et Daphne pour décider de leur plan de bataille pour transformer l'Aristocratie. (RP)

Juin 19972 Juin – Retour à Poudlard. Daphne croise Hope Westminbrook et Stanislas Karkaroff à la Tour d'Astronomie, mais ni l'un ni l'autre ne lui avouent leurs fiançaills arrangées.

Mi Juin – Daphne passe plutôt brillamment ses examens.

24 Juin – Après une hésitation et, luttant contre son envie de fuir, Daphne se décide à combattre lors de la Bataille de Poudlard après qu'Aldabella Prendergast lui a sauvé la vie. Elle est gravement blessée par Fenrir Greyback alors qu'elle tentait de retrouver Astoria, Jasper et Hope. Elle survit grâce aux premiers soins de Stanislas Karkaroff.

27 juin – Daphne s'éveille à Sainte Mangouste, perturbée et blessée. Traumatisée, elle a complètement perdu le contrôle de sa magie, et fait des crises de magie accidentelle à chaque fois qu'elle panique.

Juillet 19975 Juillet – Conversation avec Blaise, qui passe tout son temps à Sainte Mangouste dans la chambre qu'elle occupe.

9 Juillet – Daphne avoue ses projets de révolutionner l'aristocratie à Jasper, venu lui rendre visite à Sainte Mangouste.

11 Juillet – Daphné finit par sortir de Sainte Mangouste, mais n'a toujours pas retrouvé le contrôle de sa magie.

12 Juillet – Daphne témoigne en faveur de Rowan puis croise Charlie dans les couloirs du Ministère de la Justice Magique.

Fin Juillet – Daphne et Blaise passent la fin de l'été en Italie, loin de l'effervescence de l'Angleterre, pour qu'elle puisse se reposer et tenter de retrouver le contrôle de sa magie.

Août 1997Courant Août – Daphne et Blaise restent en Italie.

Fin Août – Daphne repart en Angleterre et laisse Blaise derrière elle ; il s'est décidé à poursuivre l'héritage de son père. Les seuls souvenirs qu'elle emporte sont un pull qui appartient à Blaise, des ouvrages en italien et surtout l'alliance des Zabini, qui orne désormais son annulaire gauche, comme une promesse.

Septembre 19971er Septembre – 7ème année à Poudlard, banquet de rentrée. Daphne souffre d'attaque de paniques qu'elle tente de contrôler en se récitant des définitions de ses sortilèges favoris.

Courant Septembre – Daphne tente de reprendre peu à peu le contrôle sur elle-même et sur sa magie.

Octobre 19974 octobre – Daphne découvre par Rowan que Stanislas et Hope ont été fiancés de force. Blessée et en colère d'avoir été mise à l'écart par les deux fiancés, elle envoie une lettre furieuse à Stanislas tout en tentant de convaincre Rowan de ne pas le tuer.

5 octobre – Conversation avec Astoria.

Novembre 1997x

Décembre 1997x



Edit : (c) evanrsiers


Dernière édition par Daphne N. Greengrass le Mer 19 Oct 2016 - 20:20, édité 42 fois
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MessageSujet: Re: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Dim 27 Sep 2015 - 22:36

24 décembre 1996

« Non, leur jeter un vague coup d’œil et décréter que tout va bien n’est certainement pas suffisant. »

Pomfresh avait l’air d’avoir envie de l’étrangler, mais elle n’y prêtait pas plus attention qu’aux jérémiades continuelles des Gryffondor qui se plaignaient que Rogue était injuste envers eux. Soutenant son regard avec fougue et dissimulant avec soin ses mains meurtries en croisant les bras, elle attendit patiemment qu’elle cède et vérifie une nouvelle fois l’état d’Astoria et Hope.

Une fois que Rowan et elle se furent assurés que tout allait effectivement bien, elle raccompagna ses petites sœurs jusqu’à leur dortoir et les borda avec soin en leur faisant jurer sur leur honneur de venir la voir en cas de problème. Ses yeux s’attardèrent également sur le lit qu’occupait Harmony pour vérifier qu’elle allait bien, elle aussi – si elle dormait dans les cachots, c’est qu’elle n’avait pas dû être blessée trop gravement.

Elle repartit dès qu’elle se fut assurée que ses trois cadettes dormaient, et reprit le chemin de l’Infirmerie, une cape épaisse jetée sur ses épaules pour éviter de céder au froid des couloirs vides. Rowan était reparti pour Haveirson, les professeurs devaient tous être en train de réparer les dégâts de la Grande Salle… Ses pas résonnaient dans le silence du Château apparemment endormi. Elle doutait que quiconque dorme paisiblement, cependant.

Daphné poussa la porte d’lnfirmerie, espérant que Pomfresh était encore debout. Un mouvement attira rapidement son attention, au fond de la salle ; c’était elle, qui s’affairait autour d’un des… Agresseurs. Elle s’avança légèrement pour signaler sa présence, et attendit patiemment qu’elle puisse s’occuper d’elle.

« Vous vous êtes enfin décidée à faire soigner ces mains ? »

Daphné ne répondit pas, et se contenta de s’asseoir sur la chaise qu’elle lui désignait. Pendant que Pomfresh cherchait les potions et onguents qu’il lui fallait dans une étagère, elle contempla ses mains à la lueur des bougies qui flottaient à ses côtés. Les souvenirs de son trajet vers la Grande Salle étaient flous, comme si l’adrénaline et la peur les avaient brouillés – pourtant, elle se rappelait distinctement de la terreur qu’elle avait ressentie en se rendant compte que ses sœurs étaient en danger.

Un frisson désagréable lui picota la nuque, et elle défit son chignon d’un geste machinal, grimaçant lorsque ses doigts entrèrent en contact avec ses cheveux. Ils ne saignaient plus depuis un moment, mais restaient douloureux à cause des échardes et des bouts de peau qui s’étaient arrachés contre cette maudite porte.

« Bien, Mademoiselle Greengrass. Tendez vos mains. »

Elle obéit dans un premier temps, mais se ravisa juste avant que l’infirmière ne puisse les attraper.

« Cela va effacer les cicatrices, n’est-ce pas ?
- Evidemment, répondit-elle comme si elle ne comprenait pas où était le problème. »

Daphné hésita une seconde – juste le temps d’une inspiration – avant d’être certaine de son choix.

« Pourriez-vous faire en sorte qu’elles restent ? »

Pomfresh la dévisageait comme si elle était la dernière des idiotes, mais cela ne la fit pas changer de position pour autant. Elle avait suffisamment de souvenirs pour se rappeler la façon dont elle s’était précipitée vers le danger, vers ses sœurs ; sans réfléchir. Comme une stupide Gryffondor.

« Je peux ne pas appliquer d’onguent, mais cela mettra du temps à guérir et vous serez obligée de porter des pansements.
- D’accord. »

Pomfresh ne discuta pas, et lui nettoya ses plaies sans rien ajouter. A chaque fois qu’elle enlevait une écharde, Daphné grimaçait sans se soucier qu’on puisse la voir ou pas. Se faire tuer n’apporterait aucun bien à Astoria. Elle était le seul rempart entre sa sœur et sa mère, et elle se devait de le rester. La seule protection dont pouvaient encore profiter Hope et Astoria à Poudlard.

Et si pour cela elle devait garder des cicatrices sur ses doigts pour s’en servir de rappel, cela valait la peine.

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MessageSujet: Re: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Ven 16 Oct 2015 - 23:15

La Belle & la Bête




24 décembre 1994 – Bal du Tournoi des Trois Sorciers


Les sens enivrés par la bièraubeurre, les quelques gorgées de Whisky Pur Feu que Blaise avait trouvées elle ne savait où et par la neige qui tombait doucement du plafond magique de la Grande Salle, Daphné riait à une phrase idiote de son cavalier tout en se laissant guider par ses mouvements. Ses joues étaient rosies depuis un moment maintenant, et son souffle commençait à lui manquer – ils avaient commencé à danser juste après les champions, et ne s’étaient pas vraiment arrêtés plus de quelques courtes minutes, juste le temps de boire quelques gorgées en saluant leurs camarades.

« On fait une pause ? »

Blaise Zabini, ce gamin insolent, avait haussé les épaules, souriant, obligeant, et leurs pas s’étaient ralentis - la fin d’une danse appliquée & consciencieuse, rigoureusement enseignée comme ils y étaient dûs; quartoze ans, quartoze ans et demi - presque quinze & déjà de l’arrogance dans la façon dont Blaise présentait au monde sa cavalière; murmurant, railleur, des plaisanteries à son oreille - son regard perdu, brièvement, sur les nitescences de la lumière dorée sur le drapé de sa robe perle, sur la cascade opaline & lisses de sa chevelure; désignant, finalement, d'un mouvement bref du menton, les lourdes chopes de bièraubeurre ambrée, mouillées de buée, empilées depuis le comptoir de bois noir aux ciselures alambiquées;  

Elle suivit son regard presque mutin et lui adressa un sourire en retour, les yeux brillants. Sa main ne tarda pas à attraper la lourde chope, qu’elle cogna contre celle de Blaise dans un bruit cristallin presque en unisson avec un des rires qui retentissaient souvent dans la salle. La première gorgée qu’elle prit la fit rougir un peu plus encore, mais elle sentit presque aussitôt la chaleur moite et dense de la soirée la caresser d’une façon désagréable, rompant le charme de la boisson.

Après lui avoir signifié qu’elle avait trop chaud, qu’il y avait trop de monde, Daphné tira son ami à l’écart des danseurs et de cette foule étouffante, espérant trouver des chaises à l’écart, un endroit frais où elle pourrait cesser de s’empourprer davantage - elle pouvait sentir la chaleur s’épanouir sur ses joues habituellement si pâles, presque diaphanes. Ils durent sortir de la Salle pour sentir un peu d’air frais, et la brume se dissipa. Le bruit, étouffé par les lourdes portes de bois, lui permettait enfin de parler sans hausser le ton ;

« Tu as remarqué l’expression de Drago en voyant Granger ? » demanda-t-elle, un rire au creux des lèvres.

Sa voix était plus aiguë, plus haut perchée qu’habituellement. La bièraubeurre, sans doute.

« Drago », répéta-t-il, perplexe - la mention de son meilleur ami semblait l’extirper d’un songe; mais bientôt un rictus indolent s’étirait sur sa bouche; « Et bien j’étais un peu distrait, tu vois. »

La bièraubeurre et la chaleur compacte et brûlante qui animait la Grande Salle l’avaient lénifié; pressant, dans un mouvement machinal, les paumes de ses mains sur ses paupières, comme pour s’éveiller tout à fait, il hasarda en levant finalement les yeux sur Daphné : « Pourquoi ? Elle est plutôt mignonne, non ? Granger ? Ce soir, je veux dire. » Prenant conscience, soudain, de l’irrévérence de ses paroles, il ajouta dans un sourire carnassier, à la manière d’un repentir amusé ; « Pas autant que toi, d’accord. »

Sa remarque tira un sourire amusé, et même un rire à Daphné - en général, elle évitait de trop afficher à quel point elle le trouvait drôle, mais personne n’était là pour en être témoin.

« Ce n’est pas parce que la flatterie marche avec Milicent qu’elle marchera avec moi ! »

Une pointe de jalousie. Peut-être. Elle but une autre gorgée de sa chope, parfaitement inconsciente que la couleur de ses joues n’avait pas pâlie à son compliment, bien au contraire ; la chaleur de la boisson l’empêchait de le percevoir, tant son corps lui semblait bouillonnant d’émotions et de pensées.

« Mais il est vrai que j’aurais quand même pu trouver pire, comme cavalier. »

Le visage du jeune homme brièvement, emprunta l’expression de la confusion;  puis rayonna d’arrogance; de l’arrogance fanfaronne, et puis -- était-ce de la satisfaction, que cette expression heureuse exprimée par l'orgueilleux Blaise Zabini ? Du ravissement ? Son rire, érayé par les éclats de voix, était rauque; un crépitement dans l’accalmie des couloirs glacés. A l’instar du pouls lent d’une créature monstrueuse et indolente, les pulsations de la musique battaient lourdement le silence à travers les portes de la Grande Salle.  

« Ah oui? »

Elle fit semblant de réfléchir, mais l’air amusé qui allumait son regard la trahissait.

« Oui, enfin… Londubat ou Potter, par exemple. J’ai du mal à trouver d’autres noms. »

Il détourna ses yeux de Daphné, ébloui, exactement, par l’expression radieuse de son visage empourpré; « J’ai eu de la chance, alors », hasarda-t-il, gentiment railleur; « je t’invitais avec deux jours de retard, et j’aurais dû t’extirper des bras de Goyle. »

« Exactement. Contente que ça soit clair entre nous ! »

Sa chope, désormais vide, pendait doucement dans sa main alors qu’elle cherchait un endroit où s’en débarrasser. Elle avisa finalement une chaise abandonnée sur laquelle elle la posa, et se retourna vers Blaise.

«  Tu veux qu’on y retourne ? »  demanda-t-elle avec enthousiasme - son cavalier était un très bon danseur, et c’était agréable d’être avec quelqu’un qui ne lui marchait pas sur les pieds.

Blaise ne répondit pas à la question de Daphné; souriant, lui intima paresseusement; « Attends un peu »; s’approchant, finalement, de Daphné Greengrass; machinalement, repoussant une mèche opaline derrière l’oreille de Daphné Greengrass, dont la chevelure brillante s’était vaguement échevelée; portant ses doigts à la mâchoire de Daphné Greengrass, pour lentement en embrasser la bouche ourlée; lénifié par son parfum floral; par la bièrraubeure sirupeuse, brûlante de sucre; par les images du bal, amoncelées dans son crâne avec la brièveté d’instantanées; avec la netteté d’instantanées.

Et, pour une fois, Daphné se laissa porter. Elle sentait, confusément, que lui aussi, il devait ressentir la chaleur qui semblait irradier de sa peau tant elle lui tournait les sens. Ses mains agrippèrent la chemise si précieuse de Blaise au niveau de ses hanches, la froissant sans même y penser à deux fois – son cœur battait trop fort et trop vite pour qu’elle réfléchisse à quoi que ce soit d’autre, préférant obéir à ce besoin impérieux, vif comme s’il venait juste de naître, de se rapprocher de lui. Elle réfléchirait plus tard.

Les doigts de Daphné excavaient fiévreusement ses hanches; & il souriait, arrogant, bien sûr, attendri, aussi, lorsque s’estompa leur étreinte; lorsqu’il ôta de la mâchoire lisse & opaline de Daphné Greengrass la coupe de ses mains;

Lorsqu’ils se séparèrent tout à fait, elle eut l’impression que toute la chaleur l’avait quittée et que le froid s’était infiltré jusque dans ses os, la faisait frissonner et regretter la distance qu’il avait remis entre eux, et cette sensation la terrifia un instant. Elle lui donna un vertige qu’elle n’aurait jamais pu imaginer avant de le vivre, comme si elle avait plongé dans le vide sans s’attendre à ce que son dos heurte un filet pour la retenir, et Daphné, prise au piège au milieu de toutes ces émotions qu’elle ne contrôlait pas et qu’elle n’avait jamais désirées, fit ce qu’elle faisait toujours. Sans avoir besoin d’y réfléchir.

« Tu m’as confondue avec Milicent ? »

Sa remarque, qu’elle voulait légère comme si rien ne l’affectait, manquait de conviction, mais son regard était assuré. Elle était intimement persuadée que c’était le bon choix, le seul chemin qu’ils – qu’elle – pouvaient emprunter. Les mains tremblantes, dissimulées dans son dos, elle prenait la fuite.

« Ou avec une autre de tes groupies. Elles seraient jalouses si elles t’avaient vu. »

«  Jalouses » répéta-t-il. Brièvement confus - la mine froissée comme à l’éveil d’un songe; et comme il observait l’indifférence obstinée de Daphné Greengrass, son sourire s’était fané; diminué en un rictus d’insolence un peu amer; blessé; son regard flamboyant et sa voix acerbe; empreinte d’une dérision cruelle; « Jalouses de quoi, au juste ? »

« Rien. Tu as raison. »

Daphné aurait voulu hausser les épaules comme si elle s’en moquait, comme si le regard blessé de Blaise ne lui vrillait pas le cœur et ne lui comprimait pas les poumons aussi fermement que si elle s’était pris un coup, mais après tout – que pouvait-elle faire d’autre ? Les excuses qu’elle aurait voulues formuler ne se formèrent même pas au creux de sa gorge, et elle se contenta de reculer d’un pas pour se mettre hors de portée. De Blaise, de tout.

« Bonne nuit. »

Elle se détourna, elle le laissa seul – mais Blaise l’était-il jamais ? – et rejoignit les cachots, drapée dans un silence qui enflait douloureusement tout autour d’elle.


***


Nuit du 25 décembre 1996, après le banquet de Noël


Et, Daphné, blottie dans ses couvertures vert et argent comme si elles pouvaient la protéger d’un quelconque danger, les baldaquins pourtant bien ouverts en direction de la porte d’entrée de son dortoir, se retournait sans cesse. La tête embrouillée par des souvenirs qu’elle aurait préféré garder enterrés loin, très loin, mélangés d’une manière atroce, presque sacrilège, avec les images crues du banquet qui venait de se dérouler. La nausée lui prenait la gorge.

Elle se releva dans le froid de la nuit, quittant son lit, et se planta devant le miroir de la salle de bains de leur chambre, amputée d’un de ses membres. Son regard s’accrocha au cadeau de Noël qu’elle avait prévu de lui offrir lorsqu’ils seraient tous rentrés du banquet, comme une offre de paix, peut-être même d’excuse. Cadeau qu’elle avait abandonné ici lorsqu’elle était venue se coucher, ne supportant pas de le voir sur sa table de chevet après tout ce que Blaise lui avait dit.

Mais l’emballage argent ne faisait que lui rappeler le bal, le banquet, des souvenirs qu’elle ne voulait plus affronter. Plus maintenant. Plus jamais.

Elle devait se débarrasser de ce cadeau.


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MessageSujet: Re: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Lun 23 Nov 2015 - 20:51

Between the woods and frozen lake


HRP - Lettre dont il est question :
 



Vendredi 31 janvier 1997

« Blaise ? »

Le chuchotement fut inaperçu, dans le brouhaha qui accompagnait toujours les cours de potion de Slughorn. La potion requise n’était pas très compliquée, et leur professeur était bien trop occupé à quérir des nouvelles de l’arrière-grand-père d’un des élèves pour s’approcher d’eux.

« C’est toi qui m’a envoyé cette lettre débile ? » demanda Daphné en lui glissant le parchemin sous la paillasse.

« Vas-y, montre.»

Il s'en saisit en haussant les sourcils; portant d'un air absent sa main à sa bouche pour étouffer un bâillement contre sa paume. Anesthésié par la constance du désordre et par une intense séance d'entraînement de Quidditch qui, la veille au soir, l'avait éreinté - son meilleur ami était un tyran et les soirées du mois de février, glaciales; renflées de vents furieux, qui se pressaient contre vous avec violence. Sa paresseuse lecture de la lettre lui arracha un éclat de rire pourtant - jusqu'à ce qu'il n'y déchiffre son nom. Alors, lorsqu'il leva les yeux sur Daphné, son visage était froissé de confusion;  « Attends, quoi? »

« Bien ce qui me semblait » lâcha-t-elle en réponse, agacée. « J’ai reçu ça hier soir, mais je pensais que c’était toi qui me faisais une blague… Ou peut-être Drago. »

Elle n’y avait pas cru une seconde, pourtant ; à l’instant où ses yeux s’étaient posés sur la signature, elle avait su que ce n’était ni l’écriture de Blaise, ni même l’orthographe de Blaise.

Il balaya distraitement la salle de classe du regard. « Drago ? Il était avec moi, hier soir. » Tout-à-fait éveillé, soudainement; et plutôt offensé, en vérité; « O'Connell? Putain, obligé, c'est O'Connell.»

Daphné jaugea la proposition de Blaise tout en déversant une dose de sang de Salamandre dans son chaudron, songeuse.

« Oui, peut-être bien, finit-elle par admettre. »

Sauf qu’elle n’avait aucun lien avec O’Connell. Pourquoi lui envoyer une lettre, à elle ?

« Bon, pas la peine de s’y intéresser alors.
– Ouais », acquiesca-t-il, arrachant son regard mauvais au profil de Jeremiah, qu'il considérait avec défiance, pour offrir à sa camarade un sourire railleur ; « Désolé. Mais je peux t'écrire des lettres d'amour, si tu veux, "douce Daphné."»

Se détournant vers le chaudron, il ajouta, moqueur, dans un rire paresseux ;

« Je pense que je suis au moins aussi inspiré.»

En réponse, Daphné haussa un sourcil, un léger sourire flottant sur ses lèvres ;

« Eh bien, vas-y. Je serais curieuse d’admirer tes talents pour la poésie, Blaise. »

Il leva les yeux sur elle, insolent.

« Et bien jusqu'à maintenant, tu m'as semblé plutôt impressionnée. »

***

Dimanche 2 février 1997, tôt dans la matinée

Daphné attendait dans le froid, appuyé contre un des arbres du parc, dissimulée par des bosquets à la lisière de la Forêt, se tordant les mains encore et encore. Cette histoire n’avait aucun sens. Son épais manteau noir, sobre mais élégant, ne faisait que contraster un peu plus encore avec la pâleur de son visage et de ses cheveux, que seul le rosissement de ses joues habillait. Et, enfin, la silhouette tant attendue apparut ;

« Blaise, offrit-elle en guise de salut, le port raide et la mine soucieuse.
– Daphné », acquiesça-t-il; un peu inquiet, soudain; saisi par sa pâleur.

Circonspect, il balaya du regard le parc vide, paralysé par le frimas - c'était un désordre d'arbre noirs, aux ramures nues et effilées comme des os brûlés;

« Tout va bien ? »

Elle ne sut pas comment répondre à sa question. S’être répété encore et encore les évènements de vendredi ne rendait pas plus aisée cette conversation –  loin de là. Peut-être suffisait-il d’être la plus concise possible.

« Je suis allée au rendez-vous, vendredi.
– Le rendez-vous », répéta-t-il, les sourcils froncés, préoccupé par la gravité de la jeune fille; bientôt, s'approchait d'elle;  « Attends, ce truc, à la véranda ? »

C'était un souvenir aussi fragile que certains rêves; et s'il ne lui avait pas été évoqué, quelques jours seraient passés sans qu'il ne le mentionne de nouveau.  

« C'était O'Connell ? Il t'a dit quelque chose ? Fait quelque chose ? »

Daphné soupira, et croisa les bras, tentant autant de vaincre le froid que de se rassurer.

« Pas vraiment, non. Quand je suis arrivée, il y avait une cravate de Serpentard accrochée à la poignée - je sais, c’est ridicule - alors j’ai ouvert, mais je ne suis pas rentrée. »

Les évènements du banquet lui avaient servi de leçon, et les cicatrices qui serpentaient toujours sur ses doigts en étaient un rappel quotidien.

« Il y avait juste… un saladier. C’était étrange. Un saladier, posé sur des tables rassemblées au milieu de la pièce, et des bougies.
– Quoi, et personne ?
– Personne. Du moins, je n’ai vu personne. La salle était dans le noir. »

Elle s’interrompit brièvement, le temps de se remémorer correctement pour être certaine de ne pas faire d’erreurs.

« Donc… j’ai utilisé un sortilège d’attraction sur le saladier. Il y avait seulement des fruits rouges dedans, mais l’odeur était trop agréable pour qu’il n’y ait pas un problème. Ça me rappelait quelque chose, mais impossible de savoir quoi sur le moment. »

A présent, la réponse lui paraissait tellement évidente.

« Et maintenant ? »

Il jeta un coup d'oeil absent aux sentiers silencieux. Rasséréné mais méfiant; parce que Daphné n'avait pas perdu de sa gravité, et parce que sa narration était sinistre -- lorsqu'il détourna de nouveau son regard sur elle, il assimila la tenue guinée de son corps ; les mouvements nerveux de ses doigts; distraitement, pour en faire cesser le tressaillement fébrile, y porta ses mains gantées de cuir. Daphné se raidit à son contact, son regard brun et anxieux fixant à son tour les alentours pourtant déserts du coin de parc dans lequel ils s’étaient réfugiés.

« … Amortentia. Pas très réussie, et sans doute pleine d’effets secondaires, d’ailleurs. »

Elle serra légèrement ses mains dans les siennes, indécise, autant perturbée par ce geste que rassurée, d’une certaine façon.

« J’ai emmené le saladier dans le laboratoire de potions pour trouver ce que c’était et quand j’ai voulu en sortir, je suis tombée nez à nez avec quelqu’un. »

Et c’était maintenant que ça allait se compliquer.

« Et il s’est enfui en courant. Donc… je l’ai suivi.
– Évidemment. » Il leva les yeux au ciel; « Très Gryffondor de ta part, ça. »

Daphné, haussant un sourcil, retira ses mains de celles de Blaise.

« Ça aussi, non ? » rétorqua-t-elle, goguenarde.
Non. » Un sourire railleur étirait sa bouche; « ça, c'est définitivement Serpentard - plutôt fourbe. »

Elle se contenta de sourire, passant sa main dans ses cheveux pour tenter de les arranger un peu.

« J’ai mis un peu de temps à l’attraper, mais il a trébuché sur sa cape donc ça m’a grandement facilité la tâche. »

Daphné se rappelait encore du feu qui avait envahi ses poumons à cause du manque d’entraînement, mais cette fois, elle n’avait pas pu se permettre de le laisser filer. Le couinement de douleur que l’espion encapuchonné avait laissé échapper en percutant le sol avait été grandement libérateur.

« J’ai regardé qui c’était. Et c’était toi. »

Il accusa l'information dans un froncement de sourcil contrarié; et son sourire s'était fait farouche; l'expression défiante et incrédule, comme s'il eut reçu une insulte;

« Attends, "moi"? Ce n'était pas moi ! »

Et alors c'était un problème autrement plus préoccupant qu'une simple lettre d'amour.

« Pas vraiment toi ! » ajouta-t-elle presque aussitôt, apposant sa main sur son bras par réflexe, comme à chaque fois qu’il avait tendance à s’enflammer. « Mais quelqu’un qui avait pris ton apparence. Assez piètrement, d’ailleurs. Son Polynectar était vraiment mauvais, il était encore plus petit que moi. »

S'il sembla s'apaiser, brièvement, il ne décolérait pourtant pas ; demeurait irrité ; finalement, il se détourna avec impatience de la jeune fille, les mains enfouies dans les poches de son lourd pardessus - et ce pardessus n'était pas fourré de zibeline. Car il réalisait, secouant la tête avec agacement ;

« Mon manteau. Putain, Daphné, ça craint. »

Hochant la tête, croisant à nouveau ses bras contre elle, Daphné reprit ;

« Oui. C’est exactement ce que je me suis dit hier. J’ai eu de la chance qu’il soit nul en potions, parce qu’entre l’Amortentia et le Polynectar… »

Il détourna le regard, assimilant difficilement la suggestion.

« Ouais. », acquiesca-t-il sèchement...Avant de cracher, absolument fiévreux, à présent ; « Daphné, qu'est-ce que tu foutais là bas ?!
- Ne me parle pas comme ça » rétorqua-t-elle immédiatement.

Se forçant à prendre une inspiration profonde pour ne pas se laisser déborder, elle se mordit les lèvres et tenta de rassembler ses idées - car il n’avait pas tout à fait tort.

« Si je n’y étais pas allée, on ne saurait pas que quelqu’un prépare du Polynectar pour prendre ton apparence, d’accord ? » reprit-elle.

Rétif, son regard demeurait obstinément  posé sur a fresque lactescente du parc paralysé par le gel alors qu'il concédait à regret ;

« Tu aurais pu, genre, prévenir... quelqu'un, au moins.»

Ne sachant pas quoi répondre, elle se mura dans le silence, les lèvres pincées et l’air buté. Elle avait beau toujours se dire qu’elle recherchait des alliés, qu’elle n’était pas comme ces idiots de Gryffondor qui fonçaient au-delà du danger sans même y penser, encore une fois, il n’était pas entièrement dans le faux. Et l’admettre était douloureux, car cela signifiait qu’elle ne pouvait plus agir comme elle l’avait toujours fait ; mais l’idée de laisser Blaise à l’écart lui semblait de plus en plus futile et illusoire, désormais.

« Désolée. J’aurais dû te prévenir » admit-elle donc à mi-voix.

Confus, Blaise se détournait finalement de nouveau vers elle avec hésitation. Abasourdi par les excuses de Daphné Greengrass, auxquelles il ne s'était pas attendu ; et heurté, dans sa vision, par son expression impassible. Il haussa les épaules, s'efforçant de s'expliquer avec sobriété ;

« Je dis ça pour toi. C'est - »  

De l'Amortentia et du Polynectar, vraiment ! L'insinuation seule, écœurante et obscène, heurtait son esprit avec la violence d'une morsure. Secouant la tête avec résignation, il n'acheva pas sa phrase.  Dangereux : c'était dangereux.

« Je sais. » Et c’était sans doute pour cela qu’elle ne lui tint pas rigueur de son éclat de voix. « J’ai failli me faire prendre par Rusard, en plus. »

Rusard qui arrivait, alors qu’elle était accroupie aux côtés de “Blaise”, étalé sur le sol, le tenant fermement par le bras pour éviter qu’il ne s’échappe. Magnifique.

« J’ai dû inventer toute une histoire comme quoi ton… “double” avait sans doute pris une potion de confusion et qu’il fallait que je l’emmène à l’infirmerie pour qu’il parte, du coup. »

Il haussa les sourcils, perplexe.

« Il s'est laissé faire ?... Le type.»  

Un sourire ironique étira les lèvres de Daphné.

« Comme si je lui avais laissé le choix. »

Une baguette au creux des côtes était généralement persuasive. Baguette qui, pourtant, aurait été inutile si elle avait tenté de s’en servir - mais ça, Blaise n’avait pas besoin de le savoir.

« Il a tenté de me faire croire qu’il était bien toi, tu te rends compte ? Que tu avais toujours été plus petit que moi… »

Après tout, ils n’avaient qu’une trentaine de centimètres d’écart. Avec dédain, il leva les yeux au ciel.

« Ensuite il m’a demandé ce que je faisais dans le laboratoire, et Rusard est arrivé. Donc je l’ai tiré de force dans une salle pour attendre que l’heure soit écoulée. »

Elle manqua de laisser échapper un rire, car la vision à laquelle elle avait assisté était rare et inédite.

« Et là… il s’est mis à pleurer.
Oh. », accusa-t-il, l'air froissé. « Sérieusement. »
- Et pas qu’un peu » renchérit Daphné.

Mais l’air frais, les conséquences et les risques qu’elle avait pris ce vendredi soir la rappelèrent vite à l’ordre, brisant son amusement.

« Et il a commencé à me dire qu’il voulait avoir une “chance avec moi”, que c’était le seul moyen de m’approcher… » Et ça, c’était le véritable problème. « Que je “valais bien” le fait d’utiliser des potions. »

Elle avait peut être éventuellement mentionné qu’il aurait pu choisir « moins insupportable que Blaise », mais le moment n’était sans doute pas propice pour qu’elle le souligne.

« Puis, enfin, il a avoué être Malcolm.
- Malcolm ? » répéta-t-il ; « Malcolm Baddock ?»  

Il considéra l'information quelques secondes avant de conclure d'un air tout-à-fait résolu ;

« Je vais le défoncer.
- Sûrement pas » répliqua-t-elle aussitôt. « Hors de question que cette histoire s’ébruite. Surtout que McGonagall et son atelier de révisions sont arrivés dans la salle alors que le Polynectar faisait toujours effet.
– Daphné, ce type se balade dans Poudlard en se faisant passer pour moi » s'indigna-t-il; « Il mérite au moins ça.»

Elle soupira, et commença à s’agiter, passant nerveusement sa main dans ses cheveux.

« Je ne l’ai pas vu sans Polynectar, Blaise. Je n’ai aucune preuve qu’il s’agisse bien de Malcolm.
– Et bien ça va être l'occasion de vérifier.
- J’ai porté ton manteau, je te rappelle. Mes cheveux sont peut-être dessus, d’accord ? Ça ne concerne pas que toi.
– Ouais, justement », cracha-t-il dans un geste d'impatience ; « Ce type voulait t'empoisonner à l'amortentia. Excuse-moi si je m'inquiète un peu

Son visage commençait à s’empourprer de frustration, et elle tordait de nouveau ses doigts. Blaise était véritablement la personne la plus agaçante qu’elle connaissait.

« Cette gamine au nouvel an et maintenant ça… Je ne peux pas me permettre d’attirer un peu plus encore l’attention sur nous.
– Je sais  admit-il, « Et je n'ai rien dit, d'accord ? Je ne sais même pas comment il est au courant. Cette gamine a dû lui raconter des… trucs. » Sa bouche s'étira brièvement en un sourire amer; « Si c'est ce putain de Malcolm Baddock, je veux dire. Tu penses à qui d'autre ? »
- Je ne sais pas, avoua-t-elle. Peut être que je m’en fais pour rien, et que c’était bien lui… »

Si c’était bien lui, la façon dont elle avait brisé ses espoirs devrait suffire à le décourager. Mais l’idée qu’elle aurait pu confondre quelqu’un avec Blaise...

« Mais on ne peut pas prendre le risque que quelqu’un parvienne à produire un Polynectar parfait et s’en serve. Il nous faut un code, un mot ou une question... Quelque chose à dire pour s’assurer qu’on a bien la bonne personne en face de nous. »

S'il accueilli d'abord la suggestion avec scepticisme - Daphné Greengrass était tellement angoissée - une telle mesure semblait effectivement primordiale ; et bientôt, l'avisant d'un air moqueur, il hasarda ;

« Le parfum de ton Amortentia...tu en as déjà parlé à quelqu'un ?»

Le traître. Il n’était pas sérieux, tout de même… ?

« … Vraiment ? » répondit-elle. Heureusement que ses joues étaient déjà rosies par le froid. « Et la tienne alors ?
Facile », assura-t-il en haussant les épaules ; arrogant et franchement amusé  ; « Le karité, la fleur d'oranger, et ce parfum que tu portes depuis la cinquième année. »

La réponse de Blaise la prit de court, et cette sensation étrange, déjà éprouvée lors du Nouvel an, lui compressa la poitrine comme si son cœur avait brusquement enflé. Elle ne pouvait même pas mentir, il le verrait tout de suite, étant donné l’agitation dans laquelle elle était.

« Crumble aux pommes, le shampooing d’Astoria et...  » Elle allait le tuer. « Le karité. »

Évidemment, il ne prit même pas la peine de dissimuler son sourire insolent ;

« Ça te rappelle ton enfance, toi aussi ?
- Pour une fois, tais-toi. »

Attendri, pourtant, par l'embarras fébrile de Daphné. Portant la main à sa chevelure pour en ôter les mèches dorées de son visage empourpré, il s'amusa ;  

« Je crois que je m'en souviendrai.»

Elle demeura immobile, incertaine de la façon adéquate de réagir, car il trouvait véritablement cette situation drôle, lui.

« Remarquer que je porte le même parfum depuis la cinquième année n’est pas une fierté. »

Et cette répartie était terriblement faible, même elle s’en rendait compte. Il demeurait éhonté, pourtant.

« Tu es un peu impressionnée, avoue. »

Distraitement, il balayait le parc du regard ; la lisière de la forêt,  à l'occasion du dimanche duveteux et égal comme la surface glacée du lac noir, figé comme les dimanches l'étaient souvent lors du mois de février, était tout-à-fait vide.

« OK », s'assura-t-il, « nous sommes d'accord - il n'y a pas de gamine pénible ici ? »

Daphné fronça les sourcils, pas véritablement certaine de comprendre où il voulait en venir.

« Non, pourquoi ? Tu ne comptes pas aller l’interroger elle aussi, j’espère ?
– Je - quoi ? Non. »

Il entamait une explication avant de se résigner, souriant, railleur - parce que Daphné Greengrass, vraiment, était adorable à le considérer avec circonscription, l'expression tout-à-fait dubitative; et, se penchant sur son visage farouche pour en saisir la mâchoire avec obligeance, il embrassa sa bouche. Et cette même Daphné, en réponse, après un moment de surprise et de crispation, lâcha prise et apposa simplement ses mains sur ses hanches ; décidant que, pour une fois, elle allait laisser Blaise faire.

Mais lorsqu’ils se séparèrent - pas tout à fait cependant, car ses mains demeuraient là elle les avait placées - Daphné décida qu’il était plus que temps d’aborder un sujet qui avait toujours été délicat avec lui ;

« Tu as conscience que si tu embrasses quelqu’un d’autre je te tue, n’est-ce pas ? »

Il lui offrit un sourire narquois.

« C'est un peu présomptueux, de la part d'une future mariée. »

Daphné pinça les lèvres, avisant ce qu’elle allait répondre - les évènements de vendredi avaient modifié la donne. Elle avait besoin que Blaise soit un allié, et pas un handicap car il ne savait pas. Les mensonges seraient dangereux, mais de là à tout lui dire… Quelques omissions devraient être suffisantes.

« Ni Rowan, ni moi ne désirons ce mariage » murmura-t-elle au bout de quelques instants de silence, se tendant légèrement. « C’est simplement une histoire d’alliance et d’honneur. Crois-moi qu’à la première occasion qui se présentera, je le ferai annuler - et lui aussi. De préférence avant qu’il soit prononcé. »

Il considéra silencieusement Daphné, assimilant l'information avec pondération - la conformation contrite des quelques souvenirs confus qu'il peinait à extirper de sa mémoire : un mois plus tôt, fiévreuse, empourprée, Daphné lui assénait déjà qu'elle n'avait pas le choix.

« Et bien écoute, je serai ravi de te venir en aide, soupira-t-il.
- Je sais. » Mais tu n’y peux strictement rien.

Elle haussa les épaules, se captivant pour la forme noueuse de tronc de l’un des arbres du bosquet qui les dissimulaient tous deux aux regards indésirables.

« C’est compliqué. Mais j’ai confiance en Rowan pour trouver une solution.
– Ouais, Rowan... » répéta-t-il, levant les yeux au ciel.

Et s’il n’en trouvait pas, elle le ferait.

« En parlant de lui » reprit-elle en braquant à nouveau son regard vers le sien, « si tu pouvais éviter de l’insulter la prochaine fois que tu le vois, cela serait parfait. »

Il accusa la suggestion dans un haussement d'épaule.

« Promis. », concéda-t-il avec réticence.

Amusée par son air sombre, comme si cette promesse lui arrachait la langue, comme s’il venait de lui promettre de ne pas se battre avec O’Connell, elle s’hissa sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue, sa main gantée s’appuyant sur sa nuque autant pour lui suggérer de s’abaisser un peu que pour y prendre appui. Et il obtempéra, évidemment ; car s'il était insolent, il savait se montrer docile ; le sourire un peu stupide ; plutôt satisfait ;

« C'est un argument plutôt convaincant. » admit-il, engageant contre lui la tenue guindée de son corps ; baisant ses lèvres, de nouveau ; car c'était l'une de ces choses par lesquelles il était vraiment convaincu.
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MessageSujet: Re: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Lun 14 Déc 2015 - 23:15

Potius mori quam foedari

1987

Les lourds tissus brodés des rideaux du salon vert exhalaient toujours une poussière, fine et dorée, qui s’éparpillait dans les rayons de soleil et la fascinait ; distrayant son attention avec leur ballet incessant et l’impression de légèreté et de liberté qu’elle lui procurait. La lumière s’éparpillait à son tour dans la pièce, ricochant contre la carafe et les verres de cristal, posés sur le buffet ; sur les boucles d’oreilles et dans l’or de la chevelure de sa mère, assise à ses côtés.

« La famille Malefoy ? »

La voix de Scarlett Greengrass, douce et ferme, la força à briser la rêverie qui s’était installée dans son regard – mais l’absence de réprimande suggérait qu’elle n’avait pas été décelée.

« Sanctimonia Vincet Semper »
récita-t-elle.

Et l’expression sévère de sa mère ne s’adoucit pas, pourtant ; ses yeux bleus restaient attentifs, veillant à ne laisser passer aucune erreur, comme toujours lorsqu’elle s’occupait de sa fille. Comme à chaque fois qu’elle lui enseignait quelque chose – et cela avait toujours un lien très fort avec la façon de se comporter lorsqu’on était membre de l’aristocratie. Car tout devait être parfait ; sa fille devait être parfaite.

« La famille Black ?
- Toujours pur. »

La réponse de Daphné était vive, automatique, et sa main se portait immédiatement vers le bon blason, sans la moindre hésitation ; avec l’aisance de celle qui avait répété cet exercice des centaines de fois.

« La famille Westminbrook ?
- Durum Patientia Frango. »

Scarlett hocha la tête, et croisa sur la table de bois précieux ses mains vernies, ourlées de bagues ornées de pierres, ses poignets alourdis de perles et d’or entremêlés. Insensible au cliquetis incessant de ses bracelets qui s’entrechoquaient à chacun de ses mouvements précautionneux et délicats. Pourtant, croire que Scarlett était aussi chétive qu’elle le laissait paraître aurait été une erreur – redoutable.

« Les révérences, maintenant. Lève-toi. »

Et sa fille obtempéra, se glissant hors de sa chaise avec attention, tentant de ne faire aucun faux pas. Puis, se plaçant sur le tapis persan, elle s’inclina avec déférence devant sa mère – répétant un mouvement qu’elle avait fait sans doute des milliers de fois.

« Trop raide. Recommence. »

L’ordre, sec, avait claqué dans le salon vert, et Daphné tressaillit légèrement sous sa rudesse. Elle obtempéra pourtant, tentant d’insuffler le déliement nécessaire, sous le regard inquisiteur qu’elle sentait peser sur son crâne blond.

« Tu es bien trop guindée, Daphné ! » s’exclama Scarlett, comme s’il s’agissait d’un affront. « Recommence. »

Et la fillette recommença. Encore, et encore. Jusqu’à en avoir le tournis, que ses jambes soient douloureuses et qu’elle manque de trébucher – recevant ainsi un commentaire perfide sur son équilibre et sa grâce. Sans jamais desserrer les dents, pourtant ; sans se départir de son calme. Car cela ne serait que pire encore, si jamais elle brisait cette neutralité tant vénérée.

« Arrête. »

Se rattrapant au dernier moment, surprise par l’injonction, l’enfant releva les yeux vers sa mère, le teint rosi par l’effort et le souffle court.

« Tu comprends pourquoi je fais tout cela, n’est-ce pas ? »
murmura Scarlett en apposant sa main droite sur l’épaule de sa fille. « Tu le sais, n’est-ce pas ? »

Et l’incrédulité dû transparaître sur les traits de Daphné, car une expression contrariée alourdit ceux de Scarlett. Prenant une inspiration, comme si elle tentait d’enfermer quelque chose au plus profond d’elle, elle lui adressa pourtant un sourire à la fin – mais ses yeux ne riaient pas.

« Tu dois être parfaite. Pour leur faire oublier, à tous. Et tu le seras, ma princesse, tu seras même reine. »

Et, si à sept ans, Daphné ne comprit pas ce qu’elle était supposée faire oublier, Scarlett porta toutefois sa main à son ventre en baisant le front de sa fille – comme un rappel cuisant de son échec.
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MessageSujet: Re: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Mer 23 Déc 2015 - 1:37

Keep denying it or do something about it



26 février 1997

La cérémonie extérieure se terminait dans les prières et les larmes - pour les plus habiles des nobles dames - alors que la famille proche s’éloignait des conversations et de tous ceux venus répandre leurs mots sur la dépouille de Scarlett. A l’abri des regards, et une fois les plus jeunes éléments écartés, trois silhouettes s’extirpèrent de l’atmosphère lourde et pesante du recueillement au profit d’une petite enclave discrète et éloignée.
L’héritier Westminbrook s’était montré suffisamment concis dans l’ultime besoin de tirer “les choses au clair”; et de s’affranchir une bonne fois pour toute du joug de la défunte. Non sans être soutenu par sa supposée promise.

« Messire Greengrass. Permettez-nous de vous faire part de notre sentiment sur toute cette affaire.»


William Greengrass, les traits tirés par les récents évènements, ne quitta pas sa sobre dignité en l’invitant d’un geste las à poursuivre. Les yeux rivés vers sa fille aînée, qui se tenait aux côtés de Rowan, arborant le visage inexpressif qu’elle s’était forgé durant toute cette semaine passée – et il songea, assez ironiquement, que Scarlett en aurait été très fière. Qu’il avait fallu attendre sa disparition pour que leur fille la surpasse.

Compte tenu des derniers bouleversements dans leurs vies respectives, l’ancien Serpentard s’ancra dans une nonchalance exacerbée et glaciale. Un drapé aristocratique nécessaire à son armature. Au jeu dans lequel il s’aventurait désormais.
Lorsqu’ils se trouvèrent, enfin, hors de portée des impertinents, il se décida à poursuivre ses allégations.

« Vous avez certainement une idée concrète du besoin qui nous anime impérieusement en ce jour. »


Daphné jeta une œillade à Rowan, incertaine de la tournure qu’allait prendre cette conversation. Elle ne souhaitait pas confronter son père, loin de là. Pas après tout ce qu’il s’était passé. Mais le visage du patriarche Greengrass ne se tendit pas, bien au contraire ; comme s’il s’attendait à cette demande. Et c’était le cas, bien entendu - de quoi d’autre auraient-ils pu vouloir lui parler, tous deux ?

« En effet. Je ne suis pas certain d’en comprendre les raisons, cependant. »

Inutile de s’égarer en chemin. Mieux valait, selon toute vraisemblance, s’en tenir au discours le plus proche possible de la réalité. A la promesse proférée des mois auparavant et… Non. Aujourd’hui, il ne le faisait plus pour la boîte de Pandore.

« Et bien, je dois vous avouer que la chose nous est apparue progressivement. Nous nous pensions capable de dépasser cet état, seulement… Nous n’y parvenons guère. Avec toute l’affection que je porte à votre famille, William, elle est déjà bien trop ancrée dans la mienne pour que je puisse ne pas y voir un relent de trop. »

Il jaugea son gendre pendant quelques instants, le temps d’aviser ce qu’il lui disait, ce que cela signifiait pour leurs deux familles. Car après tout, n’était-ce pas pour cette raison précise que Ranulf et lui avaient cru à une alliance parfaite ? Leurs deux enfants avaient toujours été si proches et loyaux l’un envers l’autre qu’une alliance des plus solides et brillantes allaient forcément se tisser entre eux.

« Tu es bien silencieuse, Daphné. Qu’en penses-tu ? »

Et Daphné releva les yeux, visiblement surprise qu’on lui demande son avis ; son regard s’égarant quelques instant vers Rowan, avant de se glisser à nouveau, avec une difficulté infinie, dans son voile d’indifférence.

« Je ne peux qu’approuver les paroles de Rowan, père. Je l'ai toujours considéré comme étant de ma famille, et je doute pouvoir dépasser cela un jour. »

William soupira, car bien entendu, il s’était attendu à ce que Daphné abonde dans le sens de Rowan – avaient-ils déjà été en désaccord ? – mais surtout parce qu’il ne se sentait pas de la forcer à quoi que ce soit alors qu’elle semblait déjà errer sans aucun but depuis dix jours ; elle pouvait peut-être tromper qui elle voulait, mais lui voyait à quel point elle était désemparée. Et il savait qu’elle refuserait toute aide. C’était la seule chose qu’il pouvait faire pour elle, la seule chose qu’elle accepterait.

« En as-tu parlé avec ton père, Rowan ? »

Sans exprimer l’ombre d’un doute, le jeune aristocrate acquiesça. Sobrement. Il n’y avait, en l’état, que peu de choses à fêter. Le sujet de leur entrevue, à un moment aussi obscure et douloureux que la mort d’une mère, s’en trouvait teinté d’une indélicatesse que seule l’honnêteté permettait d’aborder.

« J’ai abordé mon sentiment avec lui, la veille. Nous comptons encore en discuter ce soir. Mais mon choix est irrévocable: considérez bien que je ne me permettrais pas de proférer de tels mots sans y avoir lourdement porté conscience. »

Le patriarche hocha la tête, sobrement, portant la main à la broche représentant les armoiries des Greengrass qui tenait sa cape pour la resserrer. Ranulf et lui n’avaient pas prévu de rencontrer une telle résistance de leurs enfants, habituellement si dociles et prompts à remplir leurs devoirs avec l’élégance qu’on leur demandait. La situation devait être véritablement inextricable, pour qu’ils en arrivent là. Et si William avait quelque chose à cœur, c’était bien les intérêts de ses filles – et le visage bien trop lisse que Daphné affichait l’inquiétait. Grandement. Bien plus que les alliances qu'elle aurait pu permettre de conclure.

« Soit. Si cela est vraiment ce que vous désirez tous deux et que tu parviens à convaincre ton père, nous en resterons là. »

D’un pas lent, indubitablement précautionneux, Rowan s’approcha de celui qui - à peu de choses près - avait eu l’occasion de le traiter comme un gendre.

« Je vous en remercie, William. »
Ce que les mots ne parvenaient guère à combler, ses iris pâles et pleines d’une gratitude brûlante s’échinèrent à le transmettre. « Je vous ferai parvenir une missive cachetée avant minuit. »

***

Daphné tendit précautionneusement la bague des Westminbrook à Rowan après l'avoir retirée de ses doigts souillés des cicatrices du Banquet ; partagée entre le soulagement d'être libérée de son poids et de tout ce qu'elle sous-entendait, et la peur, fugace, d'avoir fait une erreur. Mais le regard affectueux qu'ils échangèrent, plus fraternel qu'il ne l'avait jamais été, l'empêcha de s'enfoncer un peu plus dans cette illusion. C'était la bonne solution. Ils le savaient tous deux.

Cette pensée, ce début de regret - ce n'était qu'une échappatoire de plus dans laquelle elle avait tenté de s'engouffrer. Il était temps que cela cesse.

Il ne lui restait plus qu'à trouver un peu de courage pour enfin faire quelque chose.




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MessageSujet: Re: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Dim 14 Fév 2016 - 23:20

+1
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MessageSujet: Re: Daphne Greengrass - Journal de Bord   Lun 15 Fév 2016 - 0:01

Suite directe de We all have battle scars

Suck it up and build a brace for yours



26 mars 1997

« Vas-y. »

Ce bois et ce cœur sur lesquels étaient crispés ses doigts lui paraissaient encore être étrangers ; il n’existait pas la symbiose qu’elle avait ressentie pendant cinq ans avec sa première, celle de noyer noir et ventricule de dragon. Mais cela ne voulait sans doute rien dire, au final, car celle-ci avait fini par la trahir et l’abandonner au milieu du chemin, au moment le plus critique – celui qu’elle s’apprêtait à extirper de la mémoire de Blaise pour lui substituer des souvenirs inoffensifs, tronqués.

« Très bien. »

Elle inspira profondément, ses muscles se raidissant et son bras levant la baguette jusqu’à ce qu’elle entre en contact avec la tempe de Blaise. Il lui sembla, pendant un bref instant, que sa nouvelle compagne palpitait étrangement ; que le crin de Sombral qui dormait en son sein paraissait s’agiter, comme si la magie qu’elle s’apprêtait à déverser l’électrisait particulièrement – mais, maintenant qu’elle y pensait, maintenant qu’elle se souvenait des paroles du fabricant, c’était sans doute logique.

Et la formule qui franchit ses lèvres le fit sans la moindre hésitation ; elle avait tant travaillé la théorie, ces derniers mois, lorsque cette gamine les avait interrompus au Nouvel An, qu’elle la connaissait par cœur ; qu’elle aurait pu écrire une dissertation au sujet de l’implantation de faux souvenirs sans avoir besoin d’ouvrir un grimoire. S’il était différent de modifier la mémoire d’une enfant dont elle n’avait que faire plutôt que celle d’une des personnes les plus chères à son regard, elle le faisait pour les mêmes raisons – et ces raisons suffirent à affûter sa détermination alors qu’elle sentait les enchevêtrements de souvenirs s’offrir à son regard.

C’était une sensation étrange – quelque chose qui ne pouvait être comparé qu’aux rares écrits sur la légilimencie et l’occlumencie que son père lui avait fait lire, comme il était de tradition chez l’aristocratie Sang-Pur pour que ces deux arts oubliés de la population ne le soient pas véritablement. Elle pouvait discerner les souvenirs, les fils ténus qui les liaient les uns aux autres ; et ce fut avec une précaution infinie qu’elle s’approcha de ceux de cette nuit fatidique, évitant soigneusement de toucher à quoi que ce soit d’autre.

Ce ne fut que lorsqu’elle rouvrit les yeux qu’elle se rendit compte de tout ce qu’elle avait volé. Astoria, Rowan, la conversation qu’ils venaient d’avoir – tout avait été englouti derrière d’habiles mensonges tissés avec la patience d’une orfèvre. Ou de quelqu’un qui ne pouvait se permettre d’échouer.

« Tu te sens bien ? » demanda-t-elle, hésistante.

Le regard hébété qu’il lui offrit, comme si elle venait à peine de l’arracher à un songe, la fit se tendre quelques instants, de peur qu’elle lui ait infligé les dommages qu’ils craignaient.

« Oui – pourquoi ? Je veux dire, c'est normal. Ils ont dit qu'ils pourraient nous contacter, si c'était nécessaire. »

Daphné demeure figée, brièvement ; avant de se rendre compte que le sortilège – qu’elle avait réussi. Elle se redressa sans le quitter du regard, consciente que son visage lui offrait sans doute un soulagement qu’il ne pouvait comprendre, avant de déposer sa baguette sur le bureau sans plus de cérémonies et de s’asseoir sur lui, le serrant contre elle, pressante ; comme pour s’assurer qu’il était véritablement présent.

« Daphné ? » s'enquit-il, perplexe, avant de lui offrir un sourire effronté ; « Est-ce que tu te sens bien ? »

Ses bras qui se refermaient autour d’elle, et les baisers qu’il déposait dans sa nuque ; tout cela était presque insignifiant comparés à l’apaisement qu’elle ressentait, si puissant qu’il faisait trembler les doigts qu’elle enfouissait dans ses tresses, dont elle se servait pour caresser son visage – ou peut-être était-ce qu’elle prenait véritablement conscience d’à quel point ce qu’elle venait de faire avait été dangeureux.

« Bien sûr que je vais bien » mentit-elle ; car elle était trop fébrile, trop étranglée par la culpabilité pour se sentir bien. « Tu as raison, je m’en fais encore pour rien.
- Ça va bien se passer, d'accord ? », assura-t-il distraitement.

Distraitement, car il était bien plus occupé à embrasser sa nuque qu’à s’en faire pour l’interrogatoire ; l’oubli lui offrait une insouciance qu’elle ne possédait pas, dont il avait dû se déposséder avant qu’elle ne la lui rende. Au lieu de s’échapper de ses bras elle raffermit leur étreinte, passa ses mains sous son pull pour effleurer sa peau, espérant parvenir à ressentir un peu de cette désinvolture à son tour ; oublier ses inquiétudes, les enfermer où elles ne pourraient plus l’atteindre en attendant de pouvoir défaire les souvenirs qu’elle avait créés pour lui rendre sa mémoire – car, à Poudlard, il était le seul à comprendre ce qu’elle avait traversé. Et, alors qu’il achevait de déboutonner sa chemise d’uniforme, elle se redresse légèrement, lui ôtant son pull ; commentant, car il s’agissait de quelque chose qui lui paraissait finalement être devenu plus naturel, et non plus une obligation comme cela l’avait été la première fois, un mois plus tôt ;

« Je t’aime. »


Il marqua une pause, comme s’il ne parvenait pas à assimiler l’information, le fait qu’elle l’avouait pour la seconde fois, avant de lui sourire – et si elle devinait l’insolence qui l’habitait toujours, il paraissait attendri lorsqu’il lui répondit.

« Oui, je t’aime aussi » offrit-il.

Et il baisa ses lèvres, lui retira sa chemise sans attendre ; et Daphné oublia les souvenirs qu’elle avait dissimulés sous des couches de mensonges lorsqu’elle ferma les yeux, à la façon dont on se jetait volontairement dans un sommeil qu’on espérait sans songes.

***

Une fois isolée des autres par les baldaquins vert et argent de son lit, ce soir-là, Daphné jouait nerveusement avec cette bague qu’elle avait empruntée à Blaise sans vraiment y prêter attention, au début du mois, et qu’elle ne lui avait toujours pas rendue ; ostentatoire et brillante ; captant les regards pour qu’ils ne s’attardent pas sur ses yeux bouffis par les larmes.

Si elle ne parvenait pas à regretter les risques insensés qu’ils avaient pris – et c’était sans doute pour cela que quelque chose lui compressait les poumons depuis qu’ils s’étaient séparés – elle comprenait à présent ce que le fabricant de sa baguette voulait dire lorsqu’il avait évoqué la nécessité de périls et d’épreuves à traverser avant qu’elle ne devienne une compagne loyale. Sans aucun doute, à en juger par les palpitations qu’elle sentait battre au creux du bois à l’unisson avec celles de son cœur, sa baguette de prunellier avait jugé que l’épreuve qu’elle venait de traverser était suffisante.

Une symbiose bien plus puissante que celle qui avait pu la lier avec celle de noyer noir – mais pas aussi forte que celle qu’elle avait pu ressentir en manipulant la mémoire de Blaise.
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